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Quand le bio est industrialisé ...

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matali
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MessageSujet: Quand le bio est industrialisé ... Ven 20 Juil 2012 - 16:43

http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/BAQUE/20130 a écrit:
Florissante industrie de l’agriculture biologique

par Philippe Baqué, février 2011

Plus de trente millions d’hectares étaient cultivés de façon biologique en 2007, à l’échelle de la planète. L’agriculture bio intensive se généralise, en proie à la même surenchère que l’agriculture productiviste dénoncée par les fondateurs de la bio. Les multinationales de l’agroalimentaire et les grands propriétaires terriens développent avec profit les monocultures d’exportation. Les paysans pauvres d’Asie, d’Amérique latine ou d’Afrique sont aussi mis à contribution. Soumis à de puissantes sociétés commerciales, ils sont appelés à produire des aliments bio pour les populations les plus aisées des pays industrialisés.
En Amérique latine et dans les pays de l’Est européen, des exploitations de milliers d’hectares de terres parmi les plus riches produisent des céréales ou du soja bio. En Palestine, une partie des terres de la vallée du Jourdain, occupée par des colons israéliens, est vouée à la production de fruits et légumes bio (1). Au Brésil, vingt mille hectares de canne à sucre bio appartiennent à un seul propriétaire. En Turquie, des milliers de petits paysans exportent toute leur production de raisins, de figues, d’abricots... Des haricots arrivent du Kenya, des pommes de terre d’Egypte... Tous ces produits exportés portent les sigles d’organismes privés de certification qui leur ouvrent les marchés, sans être exigeants sur le respect de la biodiversité, de l’environnement, du droit à la terre, de la souveraineté alimentaire...
L’huile de palme produite par le groupe colombien Daabon, qu’on retrouve en Europe dans la composition d’une majorité de produits bio transformés, est devenue le symbole des nouveaux enjeux du marché. Daabon possède des milliers d’hectares de palmiers, cacaoyers, bananiers et caféiers bio dont il exporte les productions vers l’Europe et les Etats-Unis. Par le biais d’un réseau complexe de filiales, le groupe contrôle la plus grande fabrique de biodiesel du pays, et possède un port de plaisance de luxe...
Le journaliste colombien Alfredo Molano Bravo estime le chiffre d’affaires annuel de Daabon à 120 millions de dollars (2). La famille Davila, propriétaire du groupe, est très liée à l’ex-président Alvaro Uribe. Au cours de ses deux mandats, l’armée a commis des milliers d’assassinats et pratiqué, avec l’aide de paramilitaires, des déplacements massifs de populations paysannes pour que les puissants propriétaires terriens puissent planter, entre autres, des palmiers à huile. Ecrivain et professeur d’agronomie à l’université nationale de Colombie, Mario Mejia Gutiérerez est formel : « En Colombie, la conversion massive de centaines de milliers d’hectares en plantations bio ou “durable” de palmiers à huile est un projet totalement lié aux paramilitaires. »
Et pourtant, en France, l’huile de palme est toujours certifiée « bio » par l’organisme de certification Ecocert et la direction de Biocoop continue à apporter son soutien au groupe colombien. En juillet 2010, la direction du réseau de distribution historique de la bio s’adressait ainsi à ses sociétaires : « Le contexte politique colombien, les coutumes du pays (...) expliqueront la complexité de la situation et les enjeux qu’une médiatisation “occidentale” orchestrée pourrait soutenir (3). »

Philippe Baqué
Journaliste, coordinateur du projet de livre De la bio alternative aux dérives du « bio »-business, quel sens donner à la bio ?, à paraître fin 2011, et auteur d’Un nouvel or noir. Pillage des œuvres d’art en Afrique, Paris Méditerranée, Paris, 1999.

(1) Ces produits bio vendus comme « made in Israël » pourraient être importés prochainement en France par la société israélienne Agrexco sur un terminal très controversé du port de Sète.
(2) Alfredo Molano Bravo, « Más claro no canta un gallo », Elespectador.com, 3 octobre 2009.
(3) « Daabon et huile de palme : le point », document du 6 juillet 2010 publié par la direction de Biocoop à l’intention de ses sociétaires.

Lire aussi

http://www.dangersalimentaires.com/2011/03/lindustrialisation-du-bio/ a écrit:
L’industrialisation du bio

Publié le 31 mars 2011 à 14h03

(...)

Avec un chiffre d’affaires qui a augmenté de 19% en 2009 pour les produits bio, le secteur a le vent en poupe. Longtemps délaissé par les supermarchés et les industriels car considéré comme marginal, le bio est devenu pour eux incontournable.

Le problème est que nous sommes face à une industrialisation du bio. Il faut, à la manière des produits conventionnels, plaire au plus grand nombre en créant des produits aseptisés, bien emballés, au goût passe partout.

La grande distribution ne se tourne pas vers les petits fabricants artisanaux, qui ne peuvent fournir assez de denrées et à un prix plancher, mais vers les grands groupes industriels qui se sont accaparés de ce marché juteux.


Voici l’ère de l’agriculture biologique intensive et industrielle avec les monocultures, les monoélevages gigantesques, au développement de l’importation des denrées provenant de l’autre bout du monde, à l’allègement du cahier des charges des labels bio, au non respect des travailleurs, à la standardisation des coûts, etc. Comme le dit si bien Picard, par exemple, « Il nous faut du beau bio ».

Nous assistons ainsi à une perversion de l’idéologie “bio” d’origine de la petite paysannerie, qui cultivent des variétés anciennes avec des saveurs uniques dans le respect de la terre et de l’environnement.

Une taille industrielle

Fin 2008, plus de 35 millions d’hectares sont cultivés en agriculture biologique dans le monde, d’après l’IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements). La nouvelle règlementation européenne permet à un éleveur de produire jusqu’à “75 000 poulets de chair bio à l’année et ne limite pas la taille des élevages de poules pondeuses bio”. Bionest qui fait des fraises bio en Andalousie possède 500 hectares serres. AgriEco produit, avec ses 160 hectares de serres, plus de 11 000 tonnes de poivrons, tomates et concombres bio [1].

Importation : produits hors saison avec moins de goût

60% des fruits et légumes biologiques sont importés en France. ProNatura, le leader du marché actuel, a été le premier à commercialiser des fruits et légumes bio hors saison. Il ne parait pas surprenant pour le consommateur de trouver en rayon des fraises bio ou non, en plein mois de janvier par exemple. Ces importations favorisent pourtant les gaz à effet de serre et augmentent sensiblement les coûts des produits. Selon le WWF, un fruit importé hors saison par avion est 10 à 20 fois plus consommateur de pétrole que le même fruit acheté localement et en saison. Tout ceci est sans parler du goût du fruit qui n’aura pas autant de saveurs car cueilli bien souvent à une moindre maturité. Le goût est également bien souvent moins bon, moins prononcé car on privilégie les variétés à haut rendements, résistantes au transport, qui se conservent bien, etc. au détriment des saveurs.

Une règlementation arrangée

Les grandes coopératives, qui ont des intérêts financiers dans les OGM, influencent les institutions de règlementation à tel point qu’une nouvelle règlementation européenne permet d’avoir 0.9% d’OGM dans les produits bio et la possibilité d’utiliser des pesticides quand il n’y a pas d’équivalent, alors que le Parlement européen s’y était opposé ! L’éleveur et militant de Nature et Progrès, Guy Kastler bondit “La bio est totalement incompatible avec les OGM [...] nous continuons à exiger 0% d’OGM! La nouvelle règlementation définit des standards et ne se soucie plus des pratiques agricoles. On est passé d’une obligation de moyen à une obligation de résultat. C’est la porte ouverte à la généralisation d’une agriculture bio industrielle”.

Alors qu’en France il fallait que les éleveurs bio produisent 40% de la nourriture pour leurs animaux sur leurs terres, la nouvelle règlementation européenne ne l’exige plus. La nourriture, constituée principalement de soja, est importée car coûte beaucoup moins cher, posant les mêmes problèmes que les fruits et légumes importés vus ci-dessus.

Des producteurs asservis

Daniel Florentin, membre de la Confédération paysanne affirme que “les producteurs sont sous contrats serrés et perdent toute leur autonomie. Ils sont lourdement endettés pour au moins vingt ans et doivent livrer la totalité de leur production à la coopérative qui s’engage à la prendre, sans prix déterminé à l’avance. C’est un pur système d’intégration, courant dans les élevages intensifs conventionnels».

Des petits producteurs de soja bio en Amérique latine dépendent de grosses sociétés d’exportation et “refusent les visites de la presse”, c’est dire le manque de transparence des groupes.
Désastre écologique et sociologique

L’exemple des fraises bio

La société Bionest en Espagne, par exemple, cultive sous des centaines d’hectares de serres une seule variété de fraises bio qui est “particulièrement polluante et exploiteuse en main-d’œuvre”. Cette société se situe parmi tant d’autres de manière plus ou moins illégale dans le parc naturel de Doñana (inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco) selon WWF-Espagne. La technique de culture est très semblable à celle des cultures conventionnelles (irrigation goutte-à-goutte, usage d’engrais, monoculture…).

Bionest emploi des femmes, pour la récolte de leurs fruits, qui viennent de Roumanie, Pologne, des Philippines, qui ne connaissent pas leurs droits et qui sont totalement soumises à leurs employeurs (interdiction de visites, passeports confisqués, sorties contrôlées, etc.). Les conditions de travail sont particulièrement difficiles pour elles et ne sont pas différentes de celles des entreprises conventionnelles. Selon Le monde diplomatique “Bionest n’est pas un cas isolé en Andalousie”.

(...)

L’exemple de l’huile de palme bio

L’huile de palme bio fait parti des ingrédients de la plupart des produits bio transformés. En Colombie, le groupe Daabon est une multinationale qui possède des milliers d’hectares de palmiers à huile, bananiers, cacaoyers et caféiers bio. La famille Davila, propriétaire du groupe, est en relation étroite avec l’ancien président Alvaro Uribe qui a, pendant ses deux mandats, commis des milliers d’assassinats avec l’armée et qui avec l’aide des paramilitaires a fait déplacer massivement des paysans de leurs terres pour que des entreprises puissent y planter des palmiers à huile bio.

Nous voyons avec ces deux exemples qu’une monoculture bio à très grande échelle, qui bafoue les droits, les conditions de travail et de vie des hommes et qui détruit l’environnement, constitue une véritable dérive à “l’idéologie bio”.

Vers un contrôle des semences

Un membre de La Verde, une petite coopérative agricole créée dans les années 1980, bien loin des dérives citées ci-dessus, affirme que “Si l’agriculture biologique ne sert pas à rétablir l’équité, la justice, l’autonomie, l’autosuffisance et la souveraineté alimentaire, elle n’a aucun sens. Et les certificateurs ne nous aident pas. Un agriculteur qui diversifie ses cultures et cultive plusieurs variétés sera plus lourdement taxé que celui qui ne fait que de la monoculture intensive».

Ces petits agriculteurs ne peuvent pas par ailleurs, à cause de certaines lois, certifier leurs graines ancestrales. La règlementation européenne exige que des semences certifiées bio doivent être utilisées et que si elles n’existent pas il est possible d’utiliser les conventionnelles. “Pour le moment, tout se passe à la limite de la légalité, mais si demain la vente de nos produits est interdite, on va nous obliger à cultiver avec des semences bio vendues par Monsanto».

Il existe également le problème du croisement des semences entre les cultures bio et les cultures OGM. C’est par exemple le cas en Espagne en Aragon où 80% du maïs bio est contaminé par les champs d’OGM environnants (par le vent, la pluie, etc.).

Le problème du bio en France

“Les Français adorent le bio-même s’il leur coûte plus cher-, ils en achètent et en redemandent. Paradoxalement, la deuxième puissance agricole de la planète est incapable de fournir du bio. Les distributeurs sont donc contraints d’importer massivement.” affirme l’Express. Et rajoute “Le bio en France, c’est l’histoire du lièvre qui démarre la course en tête, s’essouffle, ralentit, s’arrête et se fait dépasser par tous ses concurrents.”

Vincent Perrot, porte-voix à la Fédération nationale des agriculteurs biologiques explique « La volonté politique de soutenir le bio a jusqu’ici été bien faible, [...] La France agricole est marquée par l’agriculture intensive, dominée par le lobby des grandes exploitations. Notre culture fut trop longtemps celle du produire plus pour exporter plus ». Dans le pays qui est le 1er consommateur de pesticides en Europe, le bio n’est pas vu d’un très bon œil des industries chimiques.

Les grands céréaliers “qui ne jurent que par les grands rendements” sont les plus résistants à se convertir au bio pénalisant ainsi toute la chaine de production alimentaire car il faut, comme nous l’avons vu, des céréales bio pour alimenter le bétail bio.
Mouvements contre l’industrie intensive du bio

Il y a dans beaucoup de pays de plus en plus de paysans et de petites coopératives qui résistent face à cette industrialisation du bio et qui prônent pour une gestion responsable des produits bio.

“Des réseaux de défense des semences paysannes se développent pour imposer le droit des paysans à produire et à commercialiser leurs propres semences” remarque Le Monde Diplomatique.

Bio Cohérence est une nouvelle marque, un nouveau label privé, créée par la FNAB (Fédération nationale d’agriculture biologique) qui va compléter la règlementation actuelle mais qui sera beaucoup plus stricte (0% d’OGM, une ferme devra être à 100% bio, alimentation animale 100% produite majoritairement par la ferme elle-même, 100% des ingrédients bio dans les produits transformés, etc.).

Les AMAP (Associations pour le maintient de l’agriculture paysanne) qui mettent en relation directe les consommateurs et les producteurs connaissent un tel succès qu’elles n’arrivent pas à satisfaire la demande.

Nous sommes, bien évidemment, pour une consommation de produits bio mais à condition qu’elle soit réfléchie et responsable. On ne le répètera pas assez, il faut manger le plus possible de produits de saison et locaux ! Nous conseillons également d’éviter les plats préparés bio, contenant généralement divers additifs, de l’huile de palme, trop de sel, voire des OGM, etc. Privilégiez les produits bruts, non transformés, prenez le temps de cuisiner et découvrez les saveurs de variétés authentiques originales cultivées près de chez vous !

(...)

Source principale :

[1] Le Monde Diplomatique – Février 2011 – Florissante industrie de l’agriculture biologique – Rédigé par Philippe Baqué. http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/BAQUE/20129
Philippe Baqué, journaliste et réalisateur de films documentaires, est coordinateur du projet d’ouvrage collectif « De la bio alternative aux dérives du « bio »-business, quel sens donner à la bio ? » mené par l’association Alterravia (voir ici pour plus de détails).
Sources secondaires :

Agence Bio (www.agencebio.org)

Bio Marché.info (www.bio-marche.info)

L’express : L’incroyable faillite du bio français



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