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[Article] Darwin et les tortues géantes des Galapagos

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matali
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MessageSujet: [Article] Darwin et les tortues géantes des Galapagos Lun 23 Juil 2012 - 9:48

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-de-pracontal/210712/samedi-sciences-52-la-derniere-tortue-geante-de-pinta a écrit:
Samedi-sciences (52): la dernière tortue géante de Pinta
21 Juillet 2012 Par Michel de Pracontal


Georges le solitaire en 2007Georges le solitaire en 2007© putneymark

Georges le solitaire, alias el Solitario Jorge, est mort le 24 juin dernier. Il devait son surnom à un acteur américain des années 1950, George Gobel, dit Lonesome George. El Solitario, âgé de plus de cent ans, était le dernier représentant connu de l’espèce Chelonoidis abingdonii, l’une des dix espèces de tortues géantes des Galapagos. Le président équatorien Rafael Correa lui a rendu hommage, exprimant l’espoir qu’un jour la science permette de cloner ses cellules et ainsi de recréer ses semblables. Des Georges clonés, en somme…

La première étape vers cet exploit biotechnologique a été accomplie en prélevant des échantillons de cellules de la regrettée tortue et en les plaçant dans l’azote liquide. Il n’est pas certain qu’on puisse vraiment ressusciter Chelonoidis abingdonii. Mais la disparition de Georges le solitaire a suscité une mobilisation en faveur de la sauvegarde de l’environnement des Galapagos, où survivent encore dix espèces (ou sous-espèces) de tortues géantes.

L’archipel des Galapagos, découvert en 1535 par l’Espagnol Berlanga, évêque de Panama, doit son nom à ces tortues géantes (galapago est un vieux mot espagnol signifiant tortue). On en a identifié onze sous-espèces : chacune des îles Espanola, Pinzon, San Cristobal, Santa Cruz, et Santiago en abrite une ; on en connaît cinq différentes sur Isabela ; et Pinta était le berceau de Chelonoidis abingdonii. On pense aussi qu’une espèce disparue habitait l’île Floreana.

Georges le solitaire avait été trouvé en 1971 sur l’île Pinta, alors qu’on pensait déjà que son espèce était éteinte. Il avait alors été transporté à la station de recherche Charles Darwin à Puerto Ayora, sur l’île Santa Cruz.

Hélas, les nombreuses tentatives des chercheurs pour inciter ce vieux Georges à s’unir à une tortue venue d’une autre île que la sienne afin de s’assurer une descendance ont échoué. Ce qui tendrait à prouver que les différentes sous-espèces sont plus divergentes qu’il n’y paraît au premier regard.

Car toutes les tortues des Galapagos se ressemblent fort, en tout cas pour un œil non exercé. Mais les connaisseurs savent de longue date les distinguer. Lorsque Charles Darwin redécouvre les Galapagos en 1835, tout juste trois siècles après Berlanga, à l’occasion du deuxième voyage du Beagle.
(...)

La légende voudrait que ce soit sur le terrain privilégié des Galapagos, en observant leur faune, que Darwin ait ébauché la théorie de l'évolution des espèces et de la sélection naturelle. Mais quand il débarque sur l’île Chatham (San Cristobal), le 25 septembre 1835, il est surtout frappé par l’hostilité de cet environnement volcanique, aride et brûlé par le soleil.

« Il faisait horriblement chaud, écrit-il dans son journal de bord. J'éprouvais une fatigue incroyable à me traîner sur cette surface rugueuse… Pendant ma promenade je rencontrai deux immenses tortues, chacune d'elles devait peser au moins deux cents livres ; l'une mangeait un morceau de cactus ; quand je m'approchai d'elle, elle me regarda avec attention, puis s'éloigna lentement ; l'autre poussa un coup de sifflet formidable et retira sa tête sous sa carapace. Ces immenses reptiles, entourés par des laves noires, par des arbrisseaux sans feuilles et par d'immenses cactus, me semblaient de véritables animaux antédiluviens. »
(...)

Darwin écoute d’une oreille distraite les explications du vice-gouverneur de l’archipel, Lawson, qui affirme que les tortues diffèrent d’une île à l’autre, et qu’en les voyant, il peut indiquer sans risque d’erreur de quelle île elles viennent.

« Au début, je n’avais pas prêté suffisamment attention à cette affirmation, et j’avais en partie mélangé les collections (de tortues) venant de deux îles, note Darwin. Je n’avais jamais imaginé que des îles distantes de 80 à 100 kilomètres, dont la plupart sont en vue l’une de l’autre, formées d’exactement les mêmes roches, soumises à des climats similaires, avec des terrains d’altitudes presque égales, pourraient être peuplées différemment. »

Le jeune Darwin était déconcerté par ces variations, car il adhérait encore à la conception fixiste, comme il l’a reconnu plus tard dans une lettre adressée en 1877 au naturaliste allemand Otto Zacharias (1846-1916) : « Quand j'étais à bord du “Beagle”, je croyais en la permanence des espèces, mais aussi loin que je m'en souvienne, de vagues doutes me traversaient régulièrement l'esprit. »

C’est seulement plus tard que Darwin a pu saisir que deux groupes d’animaux vivant sur deux îles deviennent « différents s’ils sont séparés assez longtemps et si les circonstances diffèrent légèrement ». Même après avoir admis l’évolution, Darwin ne comprend la variation que si elle est induite par de petits changements dans l’environnement. En fait, ces changements ne sont pas vraiment nécessaires (cf. plus bas).

Outre les tortues, le naturaliste a été frappé par l’observation des géospizes, les pinsons des Galapagos, ou « pinsons de Darwin », dont les espèces se distinguent surtout par la forme de leur bec, adaptés à des régimes alimentaires différents. Pour Darwin, « on pourrait réellement se figurer qu'en vertu d'une pauvreté originelle d'oiseaux dans cet archipel, une seule espèce s'est modifiée pour atteindre des buts différents ».

Reste que sur le moment, le père de la théorie de l’évolution est loin d’avoir compris que tous les pinsons descendaient d’une même espèce qui s’est diversifiée pour occuper une série de niches écologiques. Pas plus qu’il n’a saisi que les tortues des Galapagos étaient issues d’une espèce-mère venue du continent sud-américain, et ont rayonné sur les îles en formant des populations divergentes, qui se sont progressivement spéciées.

En 1835, le jeune Darwin a surtout fait preuve d’une cruelle insensibilité à la protection des espèces en danger, du moins selons les critères d’aujourd’hui : « Pendant que j’étais dans cette partie supérieure (de l’île) je me nourrissais entièrement de viande de tortue, écrit-il dans son journal. La poitrine rôtie à la mode des Gauchos, carne con cuero, c’est-à-dire sans retirer la peau, est excellente ; on fait de fort bonne soupe avec les jeunes tortues. »

Darwin ajoute quand même : « Mais je ne peux pas dire que cette viande me plaise beaucoup. » A sa décharge, lorsqu’il a découvert les tortues des Galapagos, elles n’étaient pas encore trop menacées. Du moins dans l’ensemble, car la sous-espèce de l’île Floreana aurait été chassée jusqu’à l’extinction vers 1850, à peine quinze ans après la visite de Darwin.

L’histoire ne dit pas à quelle sous-espèce appartenaient les tortues mangées par le naturaliste. Toujours est-il qu’il les a consommées avant de connaître les subtilités de leurs variations. Ce n’est qu’après son retour à Londres que Darwin a saisi les mécanismes de l’évolution et les a mis en forme. Son livre majeur, L’Origine des espèces, n’est paru qu’en 1859, près d’un quart de siècle après son séjour dans l’archipel. Et l’écheveau des relations entre les sous-espèces de tortues des Galapagos n’a été démêlé qu’au début du XXe siècle, bien après Darwin.

Georges le solitaire, dont on estime l’âge au moment de sa mort à environ un siècle, n’a certainement pas croisé le père de l’évolution. Ses ancêtres seraient venus de l’île Española il y a environ 300 000 ans, selon une étude génétique citées dans la revue Nature. Une fois implantées sur l’île Pinta, la population immigrante a évolué en se différenciant progressivement de celle d’où elle était issue.

Darwin pensait que cette divergence évolutive nécessitait de petites différences de l’environnement, car sa théorie n’intégrait pas l’existence des gènes. En fait, il n’est pas nécessaire que les environnements diffèrent pour que les populations se différencient, comme l’explique la génétique des populations, théorie élaborée après Darwin.

Lorsqu’un sous-groupe d’individus est isolé du groupe original dont il faisait partie, les représentants de ce sous-groupe possèdent un « pool de gènes » qui n’est pas identique à celui du groupe parent. Au fil des générations, les différences génétiques entre le groupe parent et celui qui s’est séparé s’accentuent. C’est pour cela, par exemple, que dans les populations humaines, la fréquence des groupes sanguins varie fortement d’une population à une autre (par exemple, chez certains Indiens du Pérou, toute la population a le même groupe, O, lequel n’est présent que chez 43% des Français).

Dans le cas de l’espèce humaine, cependant, les brassages entre populations ont toujours été trop fréquents pour qu’apparaissent des sous-espèces : les pools de gènes des différentes populations se sont constamment remélangés, aucun groupe humain n’étant resté isolé plus de quelques milliers d’années.

Mais la lignée d’el Solitario est restée 300 000 ans sur l’île Pinta sans interférer avec des tortues venues d’ailleurs. Pas étonnant que ce bon vieux Georges ait refusé de convoler.

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MessageSujet: Re: [Article] Darwin et les tortues géantes des Galapagos Lun 23 Juil 2012 - 10:02

les iles Galapagos sont déjà très protégées mais si la prise de conscience est encore plus forte "grâce" au décès de cette tortue, sa mort n'aura pas été vaine.
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matali
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MessageSujet: Re: [Article] Darwin et les tortues géantes des Galapagos Lun 23 Juil 2012 - 10:04

Oui, on sait qu'une simple "protection" est toujours insuffisante.
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