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Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie

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matali
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MessageSujet: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Dim 10 Fév 2013 - 10:42

C'est un sujet qui s'inscrit dans la logique de celui-ci : 800 euros par mois et à vie et qui questionne bien plus en profondeur, pour aller encore plus loin, être encore plus responsables...

http://www.projet-decroissance.net/?p=207 a écrit:
Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie ?

Les réflexions au sein de la mouvance décroissante (1), du point de vue de la stratégie ou du projet politique, ont débouché sur une proposition appelée Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA) (2), couplée à un Revenu Maximum Acceptable (RMA). Cette Dotation représente un outil économique et social susceptible de nous faire sortir de l’impasse destructrice vers laquelle nous entraîne toujours plus vite la société de croissance. L’instauration de la DIA s’inscrit comme une possibilité de dépasser le capitalisme en déjouant ses mécanismes de séductions et de contraintes. Cette mesure entend promouvoir une transition démocratique et sereine vers des sociétés écologiquement soutenables et socialement justes.

Une proposition pour faire le pas de côté

La DIA intègre nos réflexions sur ce que devrait être la première des décroissances, celle des inégalités. Ainsi, elle est nécessairement couplée à un Revenu Maximum Acceptable.

La DIA comprend la logique de la gratuité du bon usage et du renchérissement du mésusage, pour l’eau l’eau, l’électricité ou le chauffage, par exemple ; elle remet en cause le principe même de la monnaie et s’en remet d’abord aux monnaies locales ou sociales. Ainsi, la DIA se différencie du revenu d’existence car elle n’est pas versée uniquement en Euros ou en Francs suisses.

Mais qu’est-ce qui différencie la DIA des autres revenus de base ?

C’est bien là la différence majeure entre DIA et revenu d’existence : la DIA participe à la création de gratuités d’usage et de tirage ainsi qu’à une réappropriation de la création monétaire en dehors des logiques de marché. A ce titre, la DIA est un outil de transition permettant une sortie progressive du capitalisme et de la religion de l’économie. De son côté, un revenu d’existence peut accompagner le capitalisme dans sa chute.

Même si nous reconnaissons l’avancée sociétale que représenterait la mise en place d’un revenu de base, en particulier en tant qu’outil de justice sociale et de décentralisation de la valeur travail, nous pensons qu’il ne représente pas une fin en soi. La racine du problème, c’est le productivisme, le capitalisme, consumérisme et de manière générale l’absurdité de la société de Croissance. En ne corrigeant qu’à la marge certain de ses maux, telles que les inégalités et les exclusions, le RIE risquerait de ne pas vraiment s’y attaquer. Il pourrait même devenir simplement un palliatif à une société malade. Toutefois, la mise en place d’un revenu d’existence peut constituer une étape vers une DIA, notamment en l’accompagnant d’un RMA et si, à terme, l’aspect monétaire est supplanté par des droits et des usages ainsi que des modèles économiques relocalisés alternatifs.

Repolitiser la société et resocialiser la politique (3)

Le revenu d’existence ne questionne pas, mais surtout ne suscite pas d’interrogations sur le contenu et le sens de nos consommations, et donc de nos productions. De son coté, la DIA a pour objectif de se réapproprier le sens de nos vies : que produisons nous, comment, pour quel usage ? Loin de refuser le travail en tant qu’activité, la DIA le redéfinit pour le mettre au service de l’homme et non de l’économie. Cette proposition vise à nous affranchir de la centralité du travail qui conduit à nous déshumaniser et à faire de nous de simples agents économiques. La DIA s’inscrit comme un outil pour retrouver notre autonomie(4) et notre réflexion.

La DIA est aussi un outil de repolitisation de la société en incitant le citoyen à s’approprier démocratiquement, de manière participative son contenu : qu’est-ce qu’une vie frugale et décente ? Comment organiser la société pour permettre à toutes et tous de vivre dignement ? Comment partager les tâches difficiles ? Qu’est-ce que le bon-usage, qu’est-ce que le mésusage d’une même ressource ?

Ainsi la DIA serait donnée en droit d’usage, en droit de tirage, un versement en monnaie locale fondante et éventuellement de manière transitoire, une petite partie en Euros ou en Francs suisses. Le droit d’usage s’applique par exemple au logement, au transport, à un local d’activité et/ou une parcelle de terre. Le droit le tirage consiste en une certaine quantité d’eau, d’électricité, de gaz, etc. Enfin, les versements en monnaie locale fondante pourraient s’utiliser seulement pour des achats de produits locaux et soutenables promouvant ainsi une relocalisation ouverte et une économie sociale et solidaire. Le contenu exact, la forme et les quantités seraient débattus et discutés démocratiquement et localement.

Tout en protégeant les populations face à la peur du lendemain et donc de l’autre, le but est de trouver des leviers permettant d’initier une décolonisation de nos imaginaires (en particulier économiciste), ainsi que la transition vers une Décroissance soutenable, sereine et conviviale. La soutenabilité passant par la relocalisation ouverte ainsi que par la transformation de nos productions et consommations. La réappropriation de la démocratie à travers une société autonome garantissant la sérénité. Un autre rapport à l’autre et au temps, « travailler moins pour vivre mieux », pour plus de convivialité.

Loin d’être une proposition irréaliste, la DIA est déjà en marche à travers le développement ici et là d’alternatives concrètes. L’enjeu est de passer à une vitesse supérieure afin de rompre avec les maux engendrées par les plans d’austérités dévastateurs mais aussi les crises à venir. La mise en place de cette dotation peut suivre plusieurs scénarios : d’un partage du temps de travail équitable ou de l’instauration d’un revenu d’existence qui déboucherait de manière transitoire à une DIA ; ou partant des alternatives concrètes déjà existantes, vers une extension et une mise en réseaux de celles-ci débouchant ainsi sur une DIA.

Proposer une DIA et un RMA, c’est intégrer le « bien vivre ensemble » et la réappropriation démocratique en retrouvant le sens des limites que la société de croissance a perdu. C’est un outil pour refuser le travail aliénant et redéfinir nos besoins, nos usages et les conditions pour les assouvir.

Vincent Liegey, Christophe Ondet, Anisabel Veillot et Stéphane Madelaine, membres du Parti Pour La Décroissance.

A venir : Un projet de Décroissance, Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), éditions Utopia, janvier 2013.
http://www.projet-decroissance.net/

(1) 10 entretiens filmés pour mieux comprendre la Décroissance : http://www.partipourladecroissance.net/?page_id=6736

(2) Pour aller plus loin sur la DIA : http://www.partipourladecroissance.net/?page_id=6993

(3) http://www.partipourladecroissance.net/?page_id=6859

(4) Au sens de Cornelius Castoriadis.

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matali
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MessageSujet: [Article] « La liberté de consommer est une illusion bien cher payée » Lun 25 Mar 2013 - 21:01

http://www.bastamag.net/article2987.html a écrit:
Décroissance
« La liberté de consommer est une illusion bien cher payée »

Par Agnès Rousseaux (25 mars 2013)

« Nous avons réussi à créer de la misère et du mal-être dans des sociétés d’opulence matérielle », assène Vincent Liegey. L’ingénieur et porte-parole du Parti pour la décroissance ne se contente pas de pourfendre le mythe de la croissance infinie. Lui et les co-auteurs du livre « Un projet de décroissance » proposent d’accorder à chacun une « dotation inconditionnelle d’autonomie » : un revenu d’existence qui pourrait ouvrir bien des horizons. Et une invitation à nous questionner sur le sens de notre société.

Basta ! : Instaurer un revenu de base, aussi appelé revenu d’existence ou allocation universelle, est une revendication qui commence à émerger. Vous faites une nouvelle proposition en ce sens. En quoi votre projet est-il original ?

Vincent Liegey [1] : Le revenu d’existence consiste à donner à tous, de la naissance à la mort et de manière inconditionnelle, un revenu. C’est une idée très ancienne que l’on a contribué à exhumer, mais avec un regard critique : ce type de revenu peut très bien s’inscrire dans le système économique actuel, sans le renverser ni le questionner. Même Milton Friedman, l’un des pères du néolibéralisme, était favorable à un revenu d’existence – en supprimant minimas sociaux et syndicats, et en laissant agir la « main invisible » du marché ! Nous avons développé une proposition, la dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA), qui s’appuie sur les réflexions passées, mais qui se situe hors du système marchand. Un revenu de base « démonétarisé », en quelque sorte.

Comment ce revenu sera-t-il versé aux citoyens ?

Nous proposons une DIA distribuée non pas en euros, mais en droits d’accès, en droits de tirage sur les ressources, et en système monétaire alternatif. Il s’agit de donner à tous ce qui est nécessaire pour avoir une vie décente et frugale : un « droit de tirage » sur le foncier, pour permettre à chacun d’avoir un logement, un local d’activité ou un lopin de terre pour être autosuffisant en nourriture. Un droit de tirage sur les ressources naturelles de base, comme l’eau, le gaz et l’électricité : les premiers kWh ou m3 seraient gratuits. Et le tarif devient ensuite progressif pour pénaliser les consommations jugées excessives. Pourquoi devrait-on payer au même prix l’eau pour boire ou faire la cuisine, et celle pour remplir sa piscine individuelle ou laver son 4x4 ? La DIA donnerait également un droit d’accès, gratuitement, aux services publics, à l’éducation, à la culture, aux services de pompes funèbres... Et, troisième élément, une partie de la DIA serait versée en monnaie locale, pour encourager la consommation locale, par exemple pour l’alimentation ou l’habillement.

Cette proposition oblige à une réflexion collective sur ce que l’on produit, comment on le produit, et pour quel usage...

Nous sommes face à une crise systémique, dans laquelle tout est lié. Il est impossible – voire dangereux – de sectoriser les choses, sinon on perd le sens de ce que l’on fait. Comme le disait Nicholas Georgescu-Roegen, l’un des penseurs de la décroissance, on a commencé à se planter quand on a cloisonné les sciences [2]. Nous sommes capables de fabriquer des smartphones et des objets très complexes, mais incapables d’avoir du recul pour comprendre les impacts écologiques, culturels, sociaux de ces objets. Et beaucoup de gens ne savent plus pourquoi ils travaillent – à part recevoir un salaire. Il faut rompre avec la logique de fabrication d’objets à durée de vie limitée. Nous devons aussi sortir de l’obsolescence programmée culturelle, encouragée par la publicité, qui pousse à vendre de plus en plus de produits dont on n’a pas vraiment besoin. Travailler plus, pour produire toujours plus de choses inutiles ! Beaucoup ne veulent plus de cette logique. La DIA permet de sortir du travail contraint, de cette obligation de subir des jobs qui ont de moins en moins de sens. Il s’agit d’expérimenter, retrouver un sens au travail, se réapproprier les outils. Et réparer, recycler, partager des savoir-faire pour que les gens deviennent autonomes.

Concrètement, comment mettre en place cette dotation inconditionnelle d’autonomie ?

Les scénarios de transition s’inscrivent dans le temps long. Et s’appuient sur le fait que la transition est déjà en marche : il s’agit d’étendre toutes les initiatives concrètes qui se développent un peu partout dans le monde, en rupture avec le système dominant. Deux démarches peuvent ensuite servir de catalyseurs : la réduction et le partage du temps de travail, pour en finir avec le chômage et réinvestir le temps libéré dans la participation politique et le développement de ces alternatives concrètes. Le deuxième levier est la mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence, très simple d’un point de vue technique, qui demande uniquement du courage politique. On donne 700 ou 1000 euros à chacun, à l’échelle d’une région, d’un pays ou de l’Europe. Les gens seront peu à peu libérés du travail contraint et pourront participer à cette transformation de la société. Et à terme, on démonétarise ce revenu pour aller vers une dotation inconditionnelle d’autonomie.

Comment financer un tel projet ?

Le financement n’est pas un problème. Ce n’est pas une question comptable, mais un choix politique. Nos sociétés n’ont jamais été aussi riches matériellement. Elle atteignent pourtant des niveaux records d’inégalité – un rapport de 1 à 4000 entre les revenus minimum et maximum ! Première étape de la transition : refuser ces inégalités et mettre en place un revenu maximum acceptable. Un rapport de 1 à 4 entre revenu minimum et maximum nous semble intéressant. Il nous faut décoloniser notre imaginaire, notamment cette idée que devenir très riche est un objectif en soi, et que le mode de vie des très riches rend heureux – cela reste à prouver ! La première décroissance à réaliser est celle des inégalités. Ensuite, posons-nous la question : faut-il rembourser la dette publique, qui ne sera de toute façon jamais totalement remboursée ? A qui cela profite-t-il ? Quel intérêt de maintenir une monnaie forte ? Il faut sortir du dogme de l’indépendance des banques centrales, se réapproprier la création monétaire.

Le revenu maximum – et la décroissance – ne sont-ils pas une atteinte à la « liberté de consommer » ?

Nous vivons dans une illusion de toute-puissance, car nous ne voyons jamais les « externalités » de notre mode de vie. La liberté de conduire son 4x4 ? Totalement illusoire ! Celui qui conduit son 4x4 ne voit pas toutes les conséquences écologiques et humaines de ce geste. Le complexe militaro-industriel qui permet de contrôler les dernières ressources de pétrole, l’expropriation des populations pour cultiver des agrocarburants, les conditions de travail extrêmement dures pour produire les pièces de sa voiture. C’est une liberté bien cher payée ! S’il devait payer le prix réel ou subir lui-même toutes ces contraintes, tous les sacrifices nécessaires pour une heure de jouissance de sa voiture, il considérait autrement cette liberté. Il ne s’agit pas d’interdire mais de montrer les coûts humains et écologiques réels, ce qui nous amène à regarder autrement beaucoup de consommations qui nous paraissent aujourd’hui anodines.

Entrer en décroissance, est-ce renoncer à un certain confort ?

Nous avons réussi à créer de la misère et du mal-être dans des sociétés d’opulence matérielle. Quelqu’un qui touche le RSA en France a des conditions de vie très dures, mais a pourtant une empreinte écologique qui n’est pas soutenable. On peut aujourd’hui avoir une bagnole et être miséreux. A cause de la manière dont on a organisé le travail, l’urbanisme, notre dépendance à un système extrêmement énergivore… Les études sur les indicateurs subjectifs de bien-être montrent que le plus important n’est pas le niveau de confort matériel en lui-même mais le niveau des inégalités : plus les inégalités sont fortes, plus le sentiment de mal-être sera fort. Aller vers des sociétés matériellement frugales, écologiquement soutenables, cela ne veut pas dire revenir à la bougie. L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Sortir de la méga-machine, de la technostructure, comme y invitait Ivan Illich, autre penseur de la décroissance. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine.

La dotation inconditionnelle d’autonomie remet-elle en cause la propriété privée ?

La propriété privée va souvent à l’encontre de l’intérêt général. On le voit de manière criante avec le foncier : il y a énormément de bâtiments vides et toujours plus de sans-abris. C’est un choix politique, intolérable. Il faut appliquer les lois de réquisition. Idem pour la nourriture : un milliard de personnes sont en situation de malnutrition, alors que nous avons les capacités techniques de produire suffisamment pour tous. Nous sommes favorables à ce que le droit d’usage puisse remettre en question le droit de propriété. Cela peut se faire de manière barbare, en coupant des têtes – l’histoire l’a déjà montré. Mais nous sommes dans une démarche non-violente, à l’opposé des formes d’éco-fascisme, qui voudraient, au nom d’une vérité politique, imposer par exemple une empreinte écologique soutenable du jour au lendemain à tout le monde. Le droit de propriété s’est mis en place historiquement par la violence, par des expropriations. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire la même chose... Est-il possible aujourd’hui d’appliquer des lois de réquisition sans violence ? Qui peut le dire ?

Mettre en œuvre une dotation inconditionnelle d’autonomie, c’est aussi changer de rapport au politique...

Avant d’être un outil technique, la DIA est un outil de repolitisation de la société. Il s’agit de développer la participation, mais aussi la responsabilité. Nous vivons dans des sociétés où l’on ne voit jamais les conséquences de nos gestes de consommation. Nous voulons relocaliser, pour que les décisions soient prises par les personnes qui en subissent les conséquences. Une société démocratique est une société où chaque citoyen est capable d’être dirigé et d’être dirigeant, disait Cornelius Castoriadis, un des penseurs qui a influencé la décroissance, en citant Aristote. Il faut aussi utiliser tous les outils démocratiques à disposition : tirage au sort, délibération citoyenne, démocratie représentative et directe, référendums et préférendums...

« Ni relance ni austérité », affirmez-vous. La décroissance, cela passe par quoi ?

Les solutions politiques imaginées aujourd’hui ne sont pas bonnes. Avec l’austérité, on crée une société de croissance sans croissance. Il n’y a rien de pire. La relance n’est pas une solution non plus. Elle s’appuie sur l’imaginaire de la période enchantée des Trente Glorieuses et de son développement économique sans précédent, qui n’a été possible que parce qu’il fallait tout reconstruire, et qu’on avait un excès de ressources naturelles et énergétiques venant de nos anciennes colonies. Il n’est ni possible ni souhaitable de revenir à cette situation. L’austérité est barbare, la relance est une fuite en avant dans le mythe de la croissance.

Nous sommes face à l’effondrement d’une civilisation. Ce n’est pas nouveau, c’est un cycle normal dans l’histoire. Mais aujourd’hui l’ensemble de la planète est embarqué sur ce Titanic. Et l’effondrement met en péril l’aventure humaine telle qu’on la connaît, et va transformer en profondeur nos conditions de vie. Ce sera un choc extrêmement violent. Nous essayons de comprendre cette crise anthropologique et de construire d’autres civilisations en rupture avec celle-ci. Avec une contradiction : il faut aller vite, tout en faisant quelque chose qui demande du temps. Un changement de nos habitudes, une décolonisation de notre imaginaire, une transformation de nos institutions qui sont toxico-dépendantes de la croissance...

Ce qui permettra d’aller vers la décroissance ?

La décroissance est multiple, il n’existe pas un projet de décroissance, mais plusieurs transitions possibles. Il est important de cultiver une diversité d’approches et de sensibilités. Le but de la décroissance, à travers son slogan provocateur, est d’ouvrir des possibles de pensée. Nous tentons de penser l’utopie, ce vers quoi on veut tendre – sans peut-être jamais l’atteindre. Et de définir un projet de transition qui part de la société actuelle, tout en étant complètement en rupture avec celle-ci. Nous faisons évidemment face à de nombreuses contradictions. Nous sommes contraints de partir du modèle actuel que nous n’avons pas choisi, ce qui oblige au compromis. L’important est de savoir où l’on va et d’assumer avec humilité et autocritique ces contradictions, en fonction des différentes stratégies choisies pour transformer la société en profondeur.

La décroissance fait-elle son chemin au sein des partis politiques et dans la société ?

Il y a quelques années, aucun parti de gauche ne se disait ouvertement anti-productiviste. Aujourd’hui plus personne n’ose dire le contraire : même s’ils le restent culturellement, ces partis ont du mal à se définir comme étant productivistes. Le mouvement de la décroissance, à travers sa pensée radicale et son rôle d’empêcheur de penser en rond, est aujourd’hui écouté et respecté. Il interpelle. Deux mouvements se sont structurés : le Mouvement des objecteurs de croissance (MOC) et le Parti pour la décroissance (PPLD). On retrouve des objecteurs de croissance partout. Comme le dit Paul Ariès, ce mouvement est à la fois un ovni politique et une auberge espagnole, dont on a du mal à définir les limites. Et tant mieux ! Cela va bien au-delà de nos mouvements et des partis de gauche. Beaucoup de gens ne se définissent pas comme décroissants mais partagent un certain nombre de valeurs, essayant dans leur quotidien de se ménager des espaces de liberté, d’avoir un autre rapport à la consommation, au travail, un autre rythme de vie. C’est une invitation à aller plus loin dans les questionnements et à ouvrir des possibles pour sortir de la croissance.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux sur twitter

Photo : Ophelia Noor (portrait) / Source

À lire : Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Christophe Ondet et Anne-Isabelle Veillot, Un projet de Décroissance, Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, Éditions Utopia, 2013. 156 pages, 7 euros. Voir le site.
Notes

[1] Ingénieur, porte-parole du Parti pour la décroissance (PPLD)

[2] Ce mathématicien, économiste et philosophe des sciences a tenté de faire lien entre économie, sciences physiques et biologiques. Père de la bioéconomique, il a notamment introduit le concept physique d’entropie dans ses analyses économiques, et utilisé la thermodynamique pour démontrer que les ressources naturelles s’épuisent irrévocablement. Ses analyses ont abouti au concept de décroissance.

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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Lun 25 Mar 2013 - 21:11

C'est long mais très intéressant !!!

Le revenu de base, utopie d’hier, révolution d’aujourd’hui, réalité de demain?

Citation :
(...)« Oser déconnecter emploi et revenu conduit à reposer la question de l’utilité sociale, de la place de l’emploi dans la société et dans nos vies » explique Baptiste Mylondo.(...)
Citation :
Le revenu de base, utopie d’hier, révolution d’aujourd’hui, réalité de demain?
Paris- Ecrit par: Pressenza IPA Date de publication: 22 mars 2013 Dans: Bonn 2013 Forum Global des médias, Economie, International

Le revenu de base est un revenu INCONDITIONNEL, versé DÈS LA NAISSANCE et CUMULABLE avec tout autre revenu.

.

Par Stanislas Jourdan (*)

Revenu de base, allocation universelle ou revenu universel… tous ces termes désignent une vieille idée qui pourrait revenir au goût du jour : verser à chaque citoyen un revenu. Utopique ? Stanislas Jourdan, journaliste et promoteur de l’idée en France, revient sur l’histoire de l’idée, ses fondements économiques et philosophiques, et témoigne de la résurgence de l’idée à travers le monde.

« Sans revenu, point de citoyen » s’exclamait en 1792 le philosophe Thomas Paine du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale. La révolution française venait d’éclater, mais Thomas Paine lui, prévenait ses camarades révolutionnaires : la Démocratie ne peut réellement fonctionner que si les citoyens qui la composent sont économiquement libres et disponibles pour la faire vivre.

Réprimé par la Terreur, Paine mourut quelques années plus tard, seul et pauvre aux Etats Unis où il s’exila. Mais l’idée qu’il avait impulsée, celle d’un revenu citoyen garanti, n’a pas arrêté de faire son chemin depuis.

Bien au contraire, l’idée navigue entre les courants de pensée et traverse allègrement les frontières idéologiques et géopolitiques. Keynesiens, libéraux, ultralibéraux, écologistes, philosophes, psychanalystes, entrepreneurs ou artistes, l’idée ne manque pas de supporteurs de renom : Martin Luther-King, André Gorz, Erich Fromm, Gotz Werner en Allemagne ou encore les prix nobels d’économie Milton Friedman, James Tobin, ou Paul Samuelson… pour n’en citer que quelques-uns.

Si la plupart d’entre eux partagent la conviction que le revenu de base est un moyen radical de combattre (voire anéantir) la pauvreté, chaque courant y apporte une vision et des arguments supplémentaires divers et variés.

Pour les écologistes comme Baptiste Mylondo et les objecteurs de croissance tels Paul Ariès, verser un revenu à chaque individu reviendrait à investir dans l’humain, lui permettant ainsi de rediriger sa force de travail vers une production locale ou le bénévolat… plutôt que les grandes entreprises.

« Oser déconnecter emploi et revenu conduit à reposer la question de l’utilité sociale, de la place de l’emploi dans la société et dans nos vies » explique Baptiste Mylondo. « Ce débat, la gauche doit le mener pour faire face aux offensives libérales, au “travailler plus” seriné par Sarkozy et, plus largement, à la perte de sens de l’emploi de nombre de nos concitoyens » assène-t-il.

Les libéraux aussi

Pourtant, du côté des libéraux aussi, on s’intéresse à la question. Même s’il faut bien l’admettre, les arguments ne sont pas les mêmes. Plutôt que de prendre du recul avec la valeur travail, la droite voit dans le revenu de base plutôt un bon moyen de simplifier les systèmes de redistribution sociale.

En effet, la mise en place du revenu de base pourrait simplement s’effectuer en transférant les budgets sociaux actuels, diminuant au passage drastiquement la complexité des aides accordées, améliorant ainsi la lisibilité du système tout en diminuant la bureaucratie nécessaire pour le faire fonctionner.

Un argument qui fait également mouche auprès des entrepreneurs excédés par les lourdeurs de l’administration, qui se rallient généralement à la cause. Par exemple, le Centre des Jeunes Dirigeants, un influent think tank regroupant 3500 entrepreneurs, avait inséré fin 2011 l’allocation universelle à la tête de ses 12 propositions phares regroupées dans son livret « Objectif Oïkos ».

De plus, puisque le revenu de base est inconditionnel, il serait une réponse simple au phénomène de la trappe à pauvreté. En effet, l’un des grands problèmes de notre modèle social est que les allocations d’assistance engendrent une dés-incitation à travailler (puisqu’on perd ces aides si d’aventure on trouve un emploi).

Enfin, pour une certaine catégorie de libertariens, que l’on appelle parfois géolibertariens ou libéraux de gauche, le revenu de base serait compatible avec le libéralisme en tant que distribution du capital commun de la société. Selon cette théorie, à l’image de l’air, de l’eau et du domaine public culturel, le capital commun est constitué de ces richesses collectivement créées dont les profits ou l’exploitation ne pourraient être légitimement accaparés par des intérêts privés. Par conséquent, le seul moyen de ne spolier personne est de distribuer les profits du capital commun à tous les co-propriétaires de ces richesses communes : les citoyens.

Vers la fin du travail ?

Pour la branche scientifique, il s’agit davantage d’une nécessité de découpler du moins partiellement les revenus du travail. Les tenants de cette approche, comme Jeremy Rifkin, anticipent un monde où les robots prendront la relève du travail humain… pour notre bien ! Sauf que, s’il y a de moins en moins de travail, comment les gens vont-ils gagner leur vie ?

C’est bien sûr la où le revenu de base intervient. Mais plus qu’un simple moyen de compenser une perte (celle d’un travail), le revenu de base pourrait constituer une véritable reconnaissance d’autres formes de création de valeur que le capitalisme moderne ne reconnaît pas. C’est cette fois la thèse Yann Moulier Boutang, qui, dans “L’économie de la pollinisation”, montre qu’à l’image des abeilles, nous produisons tous par accident des richesses. Dès lors explique-t-il à Télérama, « Le revenu d’existence ne serait pas de l’argent pris dans la poche des fourmis qui travaillent et donné à des gens qui ne feraient rien qu’entrer dans la fourmilière ». Selon lui, le revenu de base n’est donc pas un système redistributif mais une « rétribution de la pollinisation » de chaque citoyen.

Une approche monétaire

Une nuance qui n’est pas sans rappeler une autre approche, celle de la monnaie. Selon la thèse défendue par Stéphane Laborde, dans sa « Théorie relative de la monnaie », pour que l’argent soit réellement un protocole d’échange démocratique, il ne faudrait pas confier le monopole de la création monétaire aux banques, mais faire en sorte que chaque citoyen soit pourvu de la même dose de création monétaire tout au long de sa vie, ce qui concrètement se traduirait par le versement à chaque citoyen d’un revenu de base « financé » par une injection régulière de nouvelle monnaie par la banque centrale, se passant ainsi de toute taxation pour financer le système.

A la manière de Yann Moulier Boutang, le revenu de base n’est donc pas une redistribution par charité ou compensation, mais bel et bien un droit parfaitement légitime au nom de l’égalité des citoyens.

Mais l’approche monétaire n’est pas nouvelle. Déjà dans les années 1930, Jacques Duboin avait dressé un lien entre un revenu de base et la création monétaire. Dans le concept de l’ « économie distributive » qu’il développe, il propose de créer une monnaie de consommation, qui serait détruite au moment de l’acte d’achat, un peu à la manière du système de crédit bancaire, où la monnaie est détruite au moment du remboursement de la dette.

En France, l’idée du revenu de base a notamment été propulsée par l’économiste Yoland Bresson, qui dans Le revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social a élaboré une théorie fondée sur la « valeur temps » et qui arrive à des conclusions très proches de celles de Laborde. C’était dans les années 1970. Depuis, Bresson a fondé l’AIRE (Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence) puis en 1987 le réseau international BIEN (Basic Income Earth Network) avec le belge Philippe Van Parjis, professeur à l’université de Louvain et également un célèbre promoteur du concept d’allocation universelle.

Le BIEN assure notamment la communication entre les différents réseaux de partisans du revenu de base dans le monde, et organise un congrès bi-annuel.

Blocage politique

Pourtant, malgré sa foule de défenseurs, et les multiples arguments économiques et philosophiques qui le justifient, l’idée demeure irrémédiablement ignorée des milieux politiques.

Non que l’idée ne soit pas connue. Elle fait périodiquement l’objet d’allusions par quelques personnalités politiques, comme Christine Boutin, Dominique de Villepin, ou chez les Verts Yves Cochet par exemple et plus récemment encore Christophe Girard, du Parti Socialiste.

Dans les années 90, des mouvements de chômeurs en avaient fait une revendication majeure, et l’idée avait même fait l’objet d’un rapport parlementaire au début des années 2000. « L’idée est parfaitement connue du monde politique » résume Marc de Basquiat, docteur en économie et auteur d’une thèse sur le financement d’une allocation universelle en France.

Elle demeure soigneusement rangée dans la catégorie des « belles utopies » qui verront peut être le jour… mais plus tard, quand la « société sera prête » ou que nous serons « assez riches » pour le financer.

Pourtant, même lorsque son financement est présenté en détail et de manière chiffrée, les politiques font la sourde oreille. « C’est l’utopie des utopies » affirmait Laurent Fabius à un colloque du Centre des Jeunes Dirigeants où l’idée fut argumentée devant les candidats à la présidentielle de 2012, par Marc de Basquiat. Le travail minutieux de ce dernier démontre pourtant qu’il est possible de financer un revenu de base de 400 euros par adulte, sans taxer plus ni toucher aux pensions de retraite ou aux allocations chômage. Une proposition que certains considéreront comme minimaliste, mais qui prouve aussi que l’on peut arriver à financer un revenu de base plus élevé, comme le propose par exemple Baptiste Mylondo (750 €).

Pourquoi tant de résistance, même face à des arguments rationnels et chiffrés ? « L’idée parait trop séduisante » répondent les uns. « S’il suffisait de donner de l’argent aux gens pour résoudre tous les problèmes, cela fait longtemps qu’on l’aurait fait ! » répondent les autres. Bref, le blocage n’est peut être pas tant intrinsèquement politique que… sociétal.

De la radicalité du revenu de base

En fait, la radicalité du revenu de base n’est pas vraiment économique. Il est bien connu des économistes que l’économie repose en grande partie sur le secteur non marchand. Associations, fondations, bénévolat et travail caché (les tâches gratuites effectuées par exemple à la maison) sont autant de systèmes de création de richesses qui échappent à toute logique monétaire. « Si tout cela s’arrêtait, sûrement que le reste de l’économie s’effondrerait quelques jours plus tard » affirme Jean-Marie Harribey d’Attac (pourtant opposé au revenu de base).

En cela, le revenu de base n’est pas vraiment nouveau à l’ère du Keynesianisme et de l’interventionnisme des gouvernements pour tenter de compenser les manques du marché.

« En fait, le revenu de base existe déjà ! » assène Stéphane Laborde sur son blog, « Il est simplement invisible », car distribué de manière opaque et inégale au travers d’allocations diverses et variées, de subventions, de crédits d’impôts et autres composantes du mille-feuille de notre « modèle social ».

Le problème n’est donc pas économique mais résolument intellectuel : il est une chose de distribuer de l’argent par les fenêtres aux électeurs qui crient le plus fort, il en est une autre de donner à tous un revenu sans conditions ni contreparties. Admettre en effet que son voisin mérite tout autant que soi-même une rétribution pour sa contribution à la société nécessite une certaine humilité, ou du moins « d’assumer notre interdépendance », explique la journaliste Mona Chollet dans un riche article paru en 2011 :

Le revenu de base implique de reconnaître les liens de profonde interdépendance qui unissent les membres d’une société, et qui conditionnent cet épanouissement. C’est même l’un de ses traits les plus frappants : il invite à prendre conscience du fait qu’on travaille toujours pour les autres, même si on a l’illusion de travailler pour soi parce qu’on en retire un salaire.

Tout un programme…

Révolution d’aujourd’hui

Faudra-t-il attendre que la majorité fasse cet effort d’introspection pour qu’enfin le revenu de base inconditionnel s’impose comme une évidence ? C’est vrai que le chemin qu’il reste à parcourir avant d’y arriver peut paraître long, mais les signes que l’heure du revenu de base est arrivée se multiplient.

En Allemagne, cela fait déjà quelques années que le débat est bien ancré dans certains partis politiques et plus largement dans le débat politique, grâce notamment à un réseau trans-partisan bien organisé et à des initiatives individuelles comme cette pétition adressée au Bundestag par Susanne Wiest, une simple citoyenne allemande, et qui a attiré le soutien de plus de 50 000 citoyens allemands, ou encore le film « Le revenu de base, une impulsion culturelle », réalisé par l’allemand Enno Schmidt et le suisse germanophone Daniel Hani et dont la version française a été vue plus de 150.000 fois.

Partout où ce film se diffuse, il fait des émules. Dans les blogs, les forums, ou encore sur Espèce de bouc, d’interminables discussions éclosent. L’idée inflitre également la base militante des partis politiques à gauche (Europe-Ecologie et le Front de gauche notamment) comme à droite (au sein de Debout la République par exemple).

L’Utopie en 3D

Et puis surtout, l’utopique revenu de base existe déjà, sous forme d’expérimentations locales. En Namibie par exemple, depuis 2008 les habitants du village de Otjivero touchent 100 dollars namibiens par mois, versés par une coalition pour l’instauration d’un revenu de base dans le pays. L’expérimentation vise à démontrer au gouvernement que le dispositif fonctionne. Et c’est le cas : le chômage diminue, la scolarité augmente, l’artisanat se développe, la santé des villageois aussi.

D’autres expériences qui ont déjà eu lieu en Amérique du Nord, dans les années 70 ont montré des effets positifs, et ont démonté en pièces les craintes sur l’effet dés-incitatif sur l’emploi. Dans la ville de Dauphin au Canada, où un dispositif de revenu inconditionnel a été testé pendant plus de quatre ans, le nombre d’heures travaillées n’a diminué que de 1%. Mais surtout d’autres effets inattendus ont également vu le jour : les jeunes ont prolongé leurs études au lieu de travailler, les hospitalisations ont diminué, ainsi que la criminalité.

En Alaska aussi, une forme de revenu de base existe. Depuis 1981, les alaskiens touchent un « dividende de citoyenneté » issu du fruit de la manne pétrolière de l’Alaska. Versé annuellement, le montant du dividende représentait 1174 dollars par personne en 2011, soit quelques mois de salaire. Karl Wilderquist, économiste américain et membre du BIEN s’interroge : « Est-ce un hasard si l’Alaska est le seul État américain où les inégalités sont en recul ? »

Alors, à quand une expérimentation en France ? Le collectif POURS (Pour un Revenu Social) travaille depuis un peu plus d’un an avec des collectivités locales pour tenter de mettre en place un projet. Sans succès jusque-là malheureusement.

Mais un autre type d’expérience pourrait voir le jour depuis l’hexagone. Suivant la théorie de Stéphane Laborde, un groupe de développeurs informatiques tente de créer une monnaie parallèle nommée open-udc.

A l’image des SELs, ou plus précisément de Bitcoin, cette monnaie sans banque créée à partir d’un logiciel P2P open-source, l’ambition est de permettre à quiconque le souhaite d’utiliser le logiciel et de mener une expérience grandeur nature ou bien dans le cercle d’une communauté.

Mais à la (grande) différence de Bitcoin, dans open-udc, les unités de monnaie seraient créées selon les règles définies dans la Théorie Relative de la Monnaie, c’est-à-dire par la distribution d’un revenu de base dont le montant varie en fonction du nombre de participants. Pourquoi croire au succès de ce projet ? Parce qu’il n’y a rien à perdre à le rejoindre : on vous paie pour cela… Et pas besoin d’attendre que les politiciens comprennent !

Le revenu de base, réalité de demain ?

« On est tenté de répondre « oui », car c’est « juste » une question de volonté politique » explique Laurent, un partisan du revenu de base en France, avant de relativiser : « changer de système et abandonner l’assistanat qui enferme les personnes pauvres dans des catégories ne sera sans doute pas aussi rapide que souhaité ».

C’est que les freins psychologiques autant que les blocages politiques vont être difficiles à surmonter. Mais la crise pourrait accélérer les choses, tant il apparaît clairement que l’étau se resserre pour les peuples… comme pour les dirigeants.

Avec un chômage qui atteint mois après mois de nouveaux records en Europe, la précarité qui augmente, et à mesure que les gains de productivités minent toujours plus les rêves de retour au plein emploi et que le malaise français vis-à-vis des failles de notre modèle social devient de plus en plus insupportable, le revenu de base serait certainement l’une des rares mesures permettant de sortir “par le haut” de cette crise.

Alors, nos décideurs auront-ils la lucidité nécessaire de répondre à l’appel porté par la vision du revenu de base ?

A première vue, on voit mal pourquoi ils s’empareraient de l’idée tant qu’il n’y a pas une forte demande électorale pour celle-ci, voire des millions de gens dans les rues pour la réclamer. Mais Frédéric, qui soutient également le revenu de base, se veut plus fataliste : « le seul intérêt que j’y vois pour eux, c’est de calmer la colère des millions de chômeurs, précaires qu’ils fabriquent, pour éviter un soulèvement concerté et organisé contre ces institutions qu’ils ont aussi fabriquées ».

Voilà une bien maigre motivation… quoique peut-être largement suffisante

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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Lun 25 Mar 2013 - 21:18

je cite ....lu plus haut ..." L’enjeu est de revenir à une société beaucoup plus simple, à un autre type de confort matériel, sans remettre en question les avancées de la société actuelle. Sortir de la méga-machine, de la technostructure, comme y invitait Ivan Illich, autre penseur de la décroissance. Retrouver aussi ce qui a été détruit : convivialité, solidarité, le « buen vivir », ce concept de la « vie bonne » développé en Amérique latine."



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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Dim 12 Mai 2013 - 10:53

Le dossier du Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/A/49101
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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Mer 5 Mar 2014 - 9:49

voici un article qui argumente contre la mise en place de ce revenu
http://www.reporterre.net/spip.php?article5505 a écrit:

Revenu de base : et si ce n’était pas une bonne idée ?
Jocelyne Renard (Silence)
mercredi 5 mars 2014

L’idée de revenu de base, ou revenu garanti, suscite une large adhésion dans les mouvements liés à la décroissance. Mais elle oublie en chemin la question gênante des inégalités mondiales.


En France et en Europe, nous vivons une période de grande faiblesse des rapports de force contre la domination capitaliste. Depuis presque trois décennies, les reculs en matière de répartition des richesses et de qualité ou d’étendue des services publics sont incessants, grignotés par petits ou grands bouts. Ce mouvement peut sembler inexorable.
Dans ce contexte, le revenu garanti en tant que proposition issue de mouvements sociaux luttant contre la domination capitaliste (1) constitue un thème en vogue, qui semble susciter l’adhésion voire l’enthousiasme. Sans doute parce qu’elle apparaît comme une réponse immédiate à la précarité et l’angoisse matérielle forte dans de nombreux foyers. Et aussi en ce qu’elle est porteuse de la promesse d’échapper à des conditions de travail indignes, pathogènes.
On peut indéniablement saluer son côté propositionnel et offensif, qualités assez rares en matière de revendications économiques de nos jours – sans doute en raison justement de la puissance aussi écrasante des capitalistes.
Est-il normal que nous vivions dans des pays riches ?
Nous souhaitons pourtant apporter un éclairage critique sur cette intention politique. Un point de vue éthique sous-jacent au revenu garanti, c’est de considérer que nous vivons dans des pays riches, bénéficiant de suffisamment de puissance monétaire pour assurer un niveau de vie au minimum digne - voire confortable - à l’ensemble des populations vivant dans leur territoire.
Le revenu garanti pose donc à sa manière et sans la nommer directement la question de la répartition des richesses au sein d’un territoire national. Mais dans cette perspective, la source de ces richesses n’est pas nommée ni questionnée. Le niveau de vie considéré comme « moyen » ou « normal » dans nos pays occidentaux et colonialistes n’est pas interrogé ni vu comme problématique. C’est un acquis implicite qu’il s’agirait simplement de garantir à l’ensemble d’une population choisie.
Ce qui nous amène à nommer plus clairement ce qui pose problème dans cette revendication du revenu garanti en tant que proposition politique se suffisant à elle-même (qui ne serait pas intégrée à un projet social plus vaste). L’économie n’est ici pas envisagée de manière globale et systémique, mais en aval de son côté productif. On escamote donc la question de la production – où justement se situe une grande partie des choix politiques en matière de conditions matérielles de vie et de productions.
Revenu du pillage garanti ?
Pour résumer notre critique, on se retrouve à revendiquer un revenu monétaire qui va donner accès à des conditions matérielles de vie reposant sur 1) le pillage des ressources de la planète, 2) l’exploitation d’une main d’oeuvre esclavagisée, 3) des formes de production de plus en plus externalisées dans le tiers-monde où elles génèrent une grande souffrance sociale et matérielle, ainsi qu’une destruction des environnements vivants.
Les promoteurs du revenu garanti pourraient arguer que sa mise en place serait un point d’entrée vers d’autres changements, un levier ou un déclencheur pour permettre à de nombreuses personnes de s’extirper de conditions de vie abrutissantes. De reprendre ainsi les rênes du pouvoir sur nos conditions de production. Ils pourraient aussi soutenir que si le système économique devenait juste en interne (niveau national), ce serait peut-être une première étape pour devenir juste en externe (niveau des échanges internationaux).
Un choix stratégique
Le débat sur la pertinence de revendiquer le revenu garanti se pose donc à un niveau stratégique : par où prendre les problèmes et comment mener les luttes ? La réponse reste bien sûr ouverte et soumise à votre perspicacité de lectrice ou de lecteur.
L’intention de ce texte est d’attirer l’attention sur le risque de nourrir la posture de « consommateurs », qui est tellement au cœur de notre aliénation contemporaine, constitutive de ce qui nous maintient passives et enchaînées.
Et de montrer en quoi la proposition du revenu garanti se fonde sur une esquive assez gênante : celle des rapports de force qui permettent le fonctionnement actuel d’une économie extrêmement inégalitaire tant au niveau mondial qu’à l’intérieur des différents pays, et extrêmement destructrice des ressources, de l’environnement.


Note
(1) Il est important de savoir que le revenu garanti en tant que proposition politique a aussi été élaborée par des penseurs ultralibéraux, qui y voient notamment une possibilité de faire table rase de la législation encadrant le travail et les salaires.
je trouve que le raisonnement est bon.  Maintenant...
pfff, c'est difficile de prendre position dans tout ça
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(...) Existe-t-il une toute-puissance qui ne soit pas menacée d'effondrement et des violences d'un maître ou d'un bourreau ? (...) En une heure de temps, on peut passer du trône aux pieds d'un vainqueur (...) Garde en tête que toute condition est exposée à des revirements et que tout ce qui affecte autrui est susceptible de t'atteindre."

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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Mer 5 Mar 2014 - 12:59

C'est logique si on aborde l'idée du revenu inconditionnel dans ce sens (levier, consommateur...) moins si on l'englobe dans la problématique générale de la transformation de la société (qui passe par la prise en compte de l'humain et de son environnement)
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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Mer 5 Mar 2014 - 13:07

chouette a écrit:
voici un article qui argumente contre la mise en place de ce revenu
http://www.reporterre.net/spip.php?article5505 a écrit:

(...) Mais elle oublie en chemin la question gênante des inégalités mondiales.(...)
Bah !
Je trouve surprenant cette introduction. Il me semble que le revenu inconditionnel d'existence est considéré comme un outil pour lutter contre les inégalités, ici et ailleurs, pas une finalité.

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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Mer 5 Mar 2014 - 19:17

matali a écrit:
C'est logique si on aborde l'idée du revenu inconditionnel dans ce sens (levier, consommateur...) moins si on l'englobe dans la problématique générale de la transformation de la société (qui passe par la prise en compte de l'humain et de son environnement)
effectivement...
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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Mer 5 Mar 2014 - 20:06

Je suis de parti pris mais totalement utopique, donc pas rationnelle. L'article ne rentre pas dans cette utopie et dans son sens l'auteur a raison de dire que ça ne marchera pas, "les gens" n'y verront qu'un moyen d'avoir de l'argent sans faire d'effort, de consommation, envisageront le pire pour en avoir encore plus etc... Loin de tout ce qui est derrière l'idée première il me semble.
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MessageSujet: Re: Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie Mer 5 Mar 2014 - 20:13

J'aime beaucoup l'idée aussi mais je crois (malheureusement) que tu as raison.
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Revenu Inconditionnel d’Existence ou Dotation Inconditionnelle d’Autonomie

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