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[Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance

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matali
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MessageSujet: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Sam 18 Jan 2014 - 15:49

Très intéressant !!

http://www.bastamag.net/David-Graeber-La-forme-la-plus a écrit:
Capitalisme
David Graeber : « La façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes »

par Agnès Rousseaux - 16 janvier 2014

La dette ? Une construction sociale, fondatrice d’un pouvoir arbitraire, estime David Graeber, anthropologue et économiste états-unien, considéré par le New York Times comme l’un des intellectuels les plus influents actuellement. Les pays pauvres et les personnes endettées sont aujourd’hui enchainés aux systèmes de crédit. Piégés dans des relations basées sur la violence, les inégalités et justifiées par la morale, décrit l’auteur, dans un ouvrage qui retrace 5000 ans d’histoire de la dette. « Rembourser ses dettes » est devenu un dogme, impossible à contester. Et si, malgré tout, on décidait d’effacer l’ardoise ? Avec le mouvement Occupy Wall Street, David Graeber lance des actions de désobéissance civile pour démontrer l’absurdité du système capitaliste actuel.
Entretien.

Basta ! : A quel moment dans l’histoire le crédit est-il apparu ? Qu’est-ce qu’une dette ?

David Graeber [1] : La dette est une promesse, qui a été pervertie par les mathématiques et la violence. On nous a raconté une histoire : « Il était une fois des gens qui utilisaient le troc. Voyant que cela ne marchait pas très bien, ils ont créé la monnaie. Et l’argent nous a amené le crédit. » Du troc au crédit, une sorte de ligne droite nous amènerait donc à la situation actuelle. Si on regarde plus attentivement l’histoire, cela s’est passé bien différemment ! Le crédit a d’abord été créé. La monnaie physique est apparue quelques milliers d’années plus tard. Cela permet de poser les questions différemment : comment sommes-nous passés d’un système où les gens disaient « je vous dois une vache », à un système où l’on peut mesurer la valeur exacte d’une dette ? Ou l’on peut assurer, formule mathématique à l’appui, que « 340 poulets sont équivalents à cinq vaches » ? Comment une promesse, une obligation de remboursement, est devenue une « dette » ? Comment l’idée que nous devons une faveur a-t-elle été quantifiée ?

En quoi quantifier une dette est-elle un problème ?

Quantifiable, la dette devient froide, impersonnelle et surtout transférable : l’identité du créancier n’a pas vraiment d’importance. Si je promets de vous rencontrer à cinq heures demain, vous ne pouvez pas donner cette promesse à quelqu’un d’autre. Parce que la dette est impersonnelle, parce qu’elle peut être exigible par des mécanismes impersonnels, elle peut être transférée à une autre personne. Sans ces mécanismes, la dette est quelque chose de très différent. C’est une promesse qui repose sur la confiance. Et une promesse, ce n’est pas la négation de la liberté, au contraire, c’est l’essence de la liberté ! Être libre, c’est justement avoir la capacité de faire des promesses. Les esclaves ne peuvent pas en faire, ils ne peuvent pas prendre d’engagements auprès d’autres personnes, car ils ne sont pas sûrs de pouvoir les tenir. Être libre, c’est pouvoir s’engager auprès d’autrui.

Au contraire, le « remboursement de la dette » est devenu un dogme moral...

La dette a été transformée en une question d’arithmétique impersonnelle, en l’essence même de l’obligation morale. C’est ce processus que nous devons défaire. Il est fascinant aussi de voir le lien entre la notion de dette et le vocabulaire religieux, de constater comment les premières religions débutent avec le langage de la dette : votre vie est une dette que vous devez à Dieu. La Bible par exemple commence avec le rachat des péchés... Devenue dogme moral, la dette justifie les dominations les plus terribles. On ne peut comprendre ce qu’elle représente aujourd’hui sans un détour par cette longue histoire de la dette comme justification morale de relations de pouvoir inégales. Le langage de la dette permet de justifier une relation de pouvoir arbitraire. Et il est très difficile d’argumenter face à un pouvoir arbitraire sans adopter le même langage.

Vous citez l’exemple de la mafia...

Parler de dette devient un moyen pour décrire des relations inégales. Les mafieux ont compris cela : ils utilisent souvent le terme de dette, même si ce qu’ils font est en réalité de l’extorsion. Quand ils annulent ou reportent certaines dettes, cela passe pour de la générosité ! C’est comme les armées qui font payer un tribut aux vaincus : une taxe en échange des vies épargnées. Avec le langage de la dette, on dirait que ce sont les victimes qui sont à blâmer. Dans de nombreuses langues, dette, culpabilité et péché sont le même mot ou ont la même racine.

La monnaie, qui permet de quantifier précisément la valeur d’une dette, apparaît d’ailleurs dans les situations de violence potentielle. L’argent est aussi né du besoin de financer les guerres. La monnaie a été inventée pour permettre aux États de payer des armées professionnelles. Dans l’Empire romain, la monnaie apparait exactement là où stationnent les légions. De la même façon, le système bancaire actuel a été créé pour financer la guerre. Violence et quantification sont intimement liés. Cela transforme les rapports humains : un système qui réduit le monde à des chiffres ne peut être maintenu que par les armes.

Il y a aussi une inversion : le créancier semble être devenu la victime. L’austérité et la souffrance sociale sont alors considérées comme un sacrifice nécessaire, dicté par la morale…

Absolument. Cela permet par exemple de comprendre ce qui se joue en Europe aujourd’hui. L’Europe est-elle une communauté de partenaires égaux ? Ou y a-t-il une relation de pouvoir entre entités inégales ? Est-ce que tout peut être renégocié ? Quand une dette est établie entre égaux, elle est toujours traitée comme une promesse. Nous renégocions des promesses tout le temps, car les situations changent : si je vous promets de vous voir demain à cinq heures, si ma mère meurt, je ne suis pas obligé de tenir ma promesse.

Les gens riches peuvent être incroyablement compréhensifs concernant la dette des autres riches : les banques états-uniennes Goldman Sachs et Lehman Brothers peuvent se concurrencer, mais quand quelque chose menace leur position générale de classe, soudain elles peuvent oublier toutes les dettes contractées si elles le veulent. C’est ce qui s’est passé en 2008. Des trillions de dollars de dettes ont disparu, parce que cela arrangeait les puissants. De la même façon des gens pauvres vont être très compréhensifs les uns envers les autres. Les prêts que l’on fait à des proches sont finalement souvent des cadeaux. C’est lorsqu’il y a des structures d’inégalités, que soudain la dette devient une obligation morale absolue. La dette envers les riches est la seule à être vraiment « sacrée ». Comment se fait-il que Madagascar soit en difficulté quand il doit de l’argent aux États-Unis, mais que lorsque ce sont les États-Unis qui doivent de l’argent au Japon, c’est le Japon qui est en difficulté ? Le fait notamment que les États-Unis ont une puissante armée change le rapport de force...

Aujourd’hui, on a l’impression que la dette a remplacé les droits : les droits à la formation ou au logement se sont transformés en droit au crédit ?

Certains utilisent leur maison pour financer leur vie en contractant de plus en plus de prêts hypothécaires. Leurs maisons deviennent des distributeurs de billets. Les micro-crédits pour faire face aux problèmes de la vie se multiplient, en substitution de ce qui était auparavant assuré par l’État-providence, qui donnait des garanties sociales et politiques. Aujourd’hui, le capitalisme ne peut plus offrir un bon « deal » à tout le monde. On sort de l’idée que chacun pourrait posséder un bout du capitalisme : aux États-Unis, chacun était censé pouvoir investir dans les entreprises, qui en fait exploitent chacun. Comme si la liberté consistait à posséder une part de notre propre exploitation.

Puis les banquiers ont transformé la dette en produits bancaires, échangeables comme de la monnaie...

C’est incroyable ! Il y a six ans, même des gens très intelligents disaient : « Que ces gens sont brillants, ils ont créé de l’argent à partir de rien ». Ou plutôt avec des algorithmes tellement complexes, que seuls des astrophysiciens pouvaient les comprendre. Mais cette incroyable sophistication s’est révélée être une escroquerie ! J’ai eu récemment des entretiens avec de nombreux astrophysiciens, qui m’ont affirmé que ces chiffres ne veulent rien dire. Tout ce travail semble très sophistiqué, mais en fait il ne l’est pas. Une classe de personnes a réussi à convaincre tout le monde qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre. Ils ont menti et les gens les ont cru. Soudain, un pan de l’économie a été détruit, et on a vu qu’eux-mêmes ne comprenaient pas leurs instruments financiers.

Pourquoi cette crise n’a-t-elle pas changé notre rapport à la dette ?

A cause d’un profond déficit intellectuel. Leur travail idéologique a été tellement efficace que tout le monde est convaincu que le système économique actuel est le seul possible. Nous ne savons pas quoi faire d’autre. Alors nous posons un morceau de scotch sur le problème, prétendant que rien ne s’est passé. Où cela nous mènera-t-il ? A une nouvelle panne. Nous entrons désormais dans une nouvelle étape : celle du jeu défensif. Comme la plupart des justifications intellectuelles du capitalisme s’effondrent, ses promoteurs attaquent aujourd’hui toutes les alternatives possibles. En Grande-Bretagne, après la crise financière, la première chose qu’ont voulu faire les responsables économiques a été de réformer le système scolaire, pour le rendre plus compétitif. En réalité, le rendre plus semblable au système financier ! Pourquoi ? Sans doute parce que l’enseignement supérieur est un des seuls espaces où d’autres idées, d’autres valeurs, peuvent émerger. D’où la nécessité de couper court à toute alternative avant qu’elle ne puisse émerger. Ce système éducatif fonctionnait pourtant très bien jusqu’à présent, alors que le système financier a failli de manière spectaculaire. Il serait donc plus pertinent de rendre le système financier semblable au système éducatif, et non l’inverse !

Aujourd’hui, aux États-Unis, des gens sont emprisonnés pour incapacité à rembourser leurs dettes. Vous citez l’exemple d’un homme condamné à la prison en 2010 dans l’État de l’Illinois pour une durée illimitée, tant qu’il n’aura pas réussi à rembourser 300 dollars...

Aux États-Unis, des gens sont emprisonnés parce qu’ils n’ont pas réussi à payer les frais de citation en justice. Alors qu’il est presque impossible de poursuivre des banques pour des saisies illégales ! Les banques peuvent toujours aller voir la police pour leur demander de vous arrêter pour défaut de paiement, même si tout le monde sait qu’il s’agit d’une saisie illégale. Pouvoir financier et pouvoir politique sont en train de fusionner. Police, collecteurs d’impôts, les personnes qui vous expulsent de vos maisons, opèrent directement dans l’intérêt des institutions financières. Peu importe votre revenu, un robot signe votre expulsion et la police vous fait sortir de votre maison.

Aux États-Unis, tout le monde croyait faire partie de la classe moyenne. Ce n’est pas vraiment une catégorie économique, plutôt une catégorie sociale et politique : on peut considérer que font partie de la classe moyenne les citoyens qui se sentent plus en sécurité quand ils voient un policier, que l’inverse. Et par extension, avec toutes les autres institutions, banques, écoles... Aujourd’hui, moins de la moitié des Américains considèrent qu’ils font partie de la classe moyenne, contre les trois quarts auparavant. Si vous êtes pauvres, vous supposez que le système est contre vous. Si vous êtes riches, vous avez tendance à croire que le système est avec vous. Jusqu’à présent aucun banquier n’a été mis en prison pour des actes illégaux durant la crise financière. Et des centaines de manifestants ont été arrêtés pour avoir tenté d’attirer l’attention sur ces faits.

La dette provoque toujours contestation et désordre dans les sociétés, écrivez-vous. Et depuis 5000 ans, les insurrections populaires commencent très souvent par la destruction des registres de dette...


La dette semble être le plus puissant des langages moraux jamais créés pour justifier les inégalités et les rendre « morales ». Mais quand tout explose, c’est avec une grande intensité ! L’historien britannique Moisis Finley défendait l’argument que dans le monde antique, il n’y avait qu’une seule demande révolutionnaire : abolir les dettes, et ensuite redistribuer les terres. De la décolonisation de l’Inde à l’Amérique latine, les mouvements d’abolition des dettes semblent partout une priorité. Lors de révolutions paysannes, une des premières actions des insurgés est de trouver les registres de dettes pour les brûler. Puis les registres de propriété des terres. La raison ? La dette, c’est pire que si vous dites à quelqu’un qu’il est inférieur, esclave, intouchable. Car cela signifie : « Nous ne sommes pas fondamentalement différents, vous devriez être mon égal, mais nous avons conclu un contrat d’affaires et vous avez perdu. » C’est un échec moral. Et cela peut engendrer encore plus de colère. Il y a quelque chose de profondément insultant, dégradant avec la dette, qui peut provoquer des réactions très violentes.

Vous réclamez un jubilé, c’est-à-dire un effacement des dettes – dettes souveraines des États mais aussi dettes individuelles. Quel impact économique cela aurait-il aujourd’hui ?


Je laisse les détails techniques aux économistes... Cela supposerait notamment de revenir à un système public pour les pensions de retraite. Les précédentes annulations de dettes n’ont jamais concerné toutes les dettes. Mais certains types de dettes, comme les dettes de consommation ou la dette souveraine des États, pourraient être effacées sans réels effets sociaux. La question n’est pas de savoir si l’annulation de dette va avoir lieu ou pas : les gens qui connaissent bien la situation admettent que cela va évidemment arriver. La Grèce, par exemple, ne pourra jamais rembourser sa dette souveraine, elle sera progressivement effacée. Soit avec de l’inflation – une manière d’effacer la dette qui a des effets délétères – soit par des formes d’annulation directe. Est-ce que cela arrivera « par en bas », sous la pression des mouvements sociaux, ou « par en haut », par une action des dirigeants pour tenter de préserver le système ? Et comment vont-ils habiller cela ? Il est important de le faire de manière explicite, plutôt que de prétendre à un simple « rachat » de la dette. Le plus simple serait de dire qu’une partie de la dette est impayable, que l’État ne garantit plus le paiement, la collecte de cette dette. Car pour une grande part, cette dette existe uniquement parce qu’elle est garantie par l’État.

L’effacement de la dette des États, c’est la banqueroute. Les experts du FMI ou de la Banque mondiale seront-ils un jour d’accord avec cette option ?


Le FMI annule actuellement des dettes en Afrique. Les experts savent que la situation actuelle n’est pas viable. Ils sont conscients que pour préserver le capitalisme financier et la viabilité à long terme du système, quelque chose de radical doit avoir lieu. J’ai été surpris de voir que des rapports du FMI se réfèrent à mon livre. Même au sein de ces institutions, des gens proposent des solutions très radicales.

Est-ce que l’annulation de dettes signifie la chute du capitalisme ?

Pas nécessairement. L’annulation de dettes peut aussi être un moyen de préserver le capitalisme. Mais à long terme, nous allons vers un système post-capitaliste. Cela peut paraître effrayant, puisque le capitalisme a gagné la guerre idéologique, et que les gens sont convaincus que rien d’autre ne peut exister que cette forme précise de capitalisme financier. Il va pourtant falloir inventer autre chose, sinon dans 20 ou 30 ans, la planète sera inhabitable. Je pense que le capitalisme ne sera plus là dans 50 ans, mais je crains que ce qui arrive ensuite soit encore pire. Nous devons construire quelque chose de mieux.

Dans le cadre du mouvement Occupy Wall Street, vous êtes l’un des initiateurs de la campagne Rolling Jubilee. Quels sont ses objectifs et son impact ?

C’est un moyen de montrer à quel point ce système est ridicule. Aux États-Unis, des « collecteurs » achètent de la dette, à 3% ou 5% du montant de la dette initiale, et vont ensuite tenter de recouvrer la totalité de l’argent en faisant payer les personnes endettées. Avec la campagne Rolling Jubilee, nous faisons comme ces collecteurs de dette : nous achetons collectivement nous-mêmes de la dette – ce qui est parfaitement légal – et ensuite, au lieu d’exiger leur remboursement, nous effaçons ces dettes ! Quand nous atteindrons un niveau où cela commence à avoir un effet réel sur l’économie, ils trouveront sans doute un moyen de rendre ça illégal. Mais pour le moment, c’est un bon moyen de mettre en évidence l’absurdité du système (sur cette campagne, lire notre aticle « Strike debt » : un plan de sauvetage du peuple par le peuple). En complément, nous développons le projet « Drom », Debt resistors operation manuel, qui fournit des conseils légaux et pratiques aux personnes endettées.

La façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes. Pour lancer un mouvement de désobéissance civile contre le capitalisme, on peut commencer par là. Sauf que les gens le font déjà ! Un Américain sur sept est poursuivi par un collecteur de dettes. 20 % au moins des prêts étudiants sont en situation de défaut. Si vous ajoutez les prêts hypothécaires, sur les 80 % de la population qui sont endettés aux États-Unis, entre un quart et un tiers sont déjà en situation de défaut de paiement ! Des millions d’Américains font déjà de la désobéissance civile par rapport à la dette. Le problème est que personne ne veut en parler. Personne ne sait que tout le monde le fait ! Comment réunir tous ces gens isolés ? Comment organiser un mouvement social si tout le monde a honte de ne pas réussir à rembourser ses dettes ? À chaque fois que vous refusez de payer une dette médicale, une dette « odieuse » créée par la collusion entre gouvernement et financiers – qui piège les gens dans des dettes que vous n’avez d’autre choix que de subir – vous pouvez dépenser votre argent pour quelque chose de socialement important. Nous voulons encourager les « coming-out » sur cette résistance au système. Fédérer cette armée invisible de gens qui font défaut, qui sont déjà sur le terrain de bataille, s’opposant au capitalisme par une résistance passive.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux

Photos : CC A. Golden (Une) et CC Gonzalo

A lire :
- Sur la campagne Rolling Jubilee : « Strike debt » : un plan de sauvetage du peuple par le peuple
- Maurizio Lazzarato : « La dette neutralise le temps, matière première de tout changement politique ou social »

David Graeber, Dette, 5000 ans d’histoire, Editions Les liens qui libèrent, 2013, 620 pages.
Notes

[1] Docteur en anthropologie, économiste, ancien professeur à l’Université de Yale, David Graeber est actuellement professeur à la London School of Economics. Il est selon le New York Times l’un des intellectuels les plus influents actuellement. Et est l’un des initiateurs du mouvement Occupy Wall Street

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Bootnie
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Sam 18 Jan 2014 - 20:41

Il tombe à pic ton article Matali   

".... Comment organiser un mouvement social si tout le monde a honte de ne pas réussir à rembourser ses dettes ? À chaque fois que vous refusez de payer une dette médicale, une dette « odieuse » créée par la collusion entre gouvernement et financiers – qui piège les gens dans des dettes que vous n’avez d’autre choix que de subir – vous pouvez dépenser votre argent pour quelque chose de socialement important. Nous voulons encourager les « coming-out » sur cette résistance au système. Fédérer cette armée invisible de gens qui font défaut, qui sont déjà sur le terrain de bataille, s’opposant au capitalisme par une résistance passive."

Je suis dedans ...je refuse de payer une dette odieuse créer par la collusion entre gouvernement , financiers et administratifs ...qui me piège , pour que j'ai l'aval de travailler - parce que travail ne manque pas - qui me font subir une pression avec menace de contentieux ...en bref , tant que je n'ai pas graisser la patte à Pierre, Paul , Jacques ( et il y a du monde ) ...je deviens une endettée avant que l'on me laisse le droit de gagner un centime ...je suis contrainte à des devoirs multiples et des droits au ras des pâquerettes.........

je suis sur le terrain de bataille ...je résiste passivement ...mais combien de temps ??? ...j'entends : "Tu n'as pas le choix , c'est comme cela   "          
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matali
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Sam 18 Jan 2014 - 20:48

Oui, si tout le monde voulait bien...
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Sam 18 Jan 2014 - 21:13

Peut-etre , que , comme le souligne l'article , il y a du monde ...mais la honte faisant ( bien que payer sa baguette de pain au boulanger est un devoir , se faire racketter est un vol )...nombreux sont ceux qui se taisent ...la peur du méchant loup est omniprésente
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Dim 19 Jan 2014 - 14:23

Surtout que quand on est tout seul face à lui, le loup peut être très très méchant et très très gourmand

Faisant en sorte d'être remboursé quoi qu'il arrive, même si l'endetté doit ne plus avoir aucun toit pour l'héberger et plus rien pour se nourrir

Je dis pas ça pour décourager de la désobéissance, au contraire, mais quand on désobéit il faut être très bien renseigné pour éviter les retours de manivelle. La meilleure solution   étant bien sur, d'être  
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Lun 20 Jan 2014 - 10:53

Je me permets de partager un documentaire qui fournit d'intéressantes clés de compréhension, afin de cerner ce qu'est précisément le mécanisme de la dette.

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celicia
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Lun 27 Jan 2014 - 17:44

Refuser de payer ses dettes ? Je pense que peu de gens vont prendre le risque, sous prétexte de vouloir se monter contre le pouvoir et la finance. C'est un peu suicidaire.
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Chouette
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Mar 28 Jan 2014 - 8:31

seul dans son coin, oui, c'est sur. Mais s'il y avait un mouvement de plusieurs centaines, milliers de personnes....
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"Gardons nous d'envier les situations les plus hautes, car une cime peut n'être que le bord d'un gouffre. (...)

(...) Existe-t-il une toute-puissance qui ne soit pas menacée d'effondrement et des violences d'un maître ou d'un bourreau ? (...) En une heure de temps, on peut passer du trône aux pieds d'un vainqueur (...) Garde en tête que toute condition est exposée à des revirements et que tout ce qui affecte autrui est susceptible de t'atteindre."

Extraits de De la tranquillité de l'âme de Sénèque



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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Mer 29 Jan 2014 - 14:49

celicia a écrit:
Refuser de payer ses dettes ? Je pense que peu de gens vont prendre le risque, sous prétexte de vouloir se monter contre le pouvoir et la finance. C'est un peu suicidaire.

Moi , je le prends depuis 6 mois parce que l'état me doit une belle somme ...ne me le rends pas parce qu'il est déficitaire !!!!!!!!

Ce qui est suicidaire , c'est de ne pas se battre ...je viens de passer une fin d'année 2013 à lutter pour que mon mental suive afin de préserver mes enfants ...du coup , mon physique a trinqué ...des douleurs musculaires , articulaires , le feu dans les intestins , l'envie de voir personne ...tout cela en bossant 2 fois plus ...j'ai 4 boulots depuis 3 mois pour pouvoir contenter la banque et ne pas tomber au fond du trou .... si cela ce n'est pas suicidaire ......

J'aimerai bien que nous arrêtions de râler pour râler , dénoncer juste pour meubler des conversations ...mais que nous nous unissions face à nos gouvernements successifs qui nous volent !!!! En tous les cas , pour l'instant , je bouge toute seule...et si je dois faire de la résistance , j'en serai moins malade que de me laisser plumée pendant que d'autres s'enrichissent ...

Nos ancêtres ont résisté ...que faisons-nous , nous ...mis à part faire une petite manif par-ci , par-là ....cela fait 30 ans que j'entends dire que je suis une rebelle ....pfut ...une étiquette comme une autre ...je n'ai jamais piétiné la plante-bande du voisin , par contre , je me suis toujours permise de dire qu'il y avait irrespect quand on piétinait la mienne ...si c'est cela , être rebelle ...cela me va !!!
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Mer 29 Jan 2014 - 15:25

C'est vrai qu'on est des moutons, on bêle mais on paye! Compte une autre rebelle parmi tes rangs!
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Mer 29 Jan 2014 - 18:24

tempérance a écrit:
C'est vrai qu'on est des moutons, on bêle mais on paye! Compte une autre rebelle parmi tes rangs!

   ...je le savais déjà      mais que cela fait du bien de le lire   
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Jeu 30 Jan 2014 - 11:57

En v'la un, de rebelle.
Il paye le prix fort.








Ca fait près de 10 ans que j'ai pigé le jeu du système et que je refuse de le jouer.
Le meilleur moyen de perdre à un jeu, c'est de jouer avec celui qui a inventé les règles, dit-on.

Depuis l'école ou l'on met les gosses en concurrence, en leur inculquant à la fois de fausses valeurs et une vision biaisée du savoir (petit exercice pratique : tenter de rendre une vraie dissert' sur ce fumier de Voltaire à un prof de Français, parler de la lutte entre jansénistes et jésuites pendant un cours d'Histoire sur "les Lumières", en évoquant l'affaire de l'Hôpital général... etc), en passant par la vie professionnelle qui, reprenant le flambeau du conditionnement crée par le système éducatif; fait la part belle à la concurrence, une fois encore; pour en arriver au schéma "Prends un appart' / va taffer / ferme ta gueule / abrutis toi au maximum grâce au divertissement / consomme" ...

Tout est verrouillé.

Pis encore, tout se paye.
Quelles sont les opportunités pour celles et ceux qui refusent dans leur chair de faire partie du système ?! L'ostracisation, et surtout, la consanguinité...
Lorsqu'on ne se reconnait pas dans les modèles proposés, on en crée d'autres, on essaye, du moins; mais s'ils ne se mélangent pas, chacun campe sur ses positions et rien ne bouge.

Ma mère n'a jamais compris mes choix, m'a jugé et continue de le faire, et j'en souffre, alors qu'elle subit elle-même depuis toujours les affres de notre modèle sociétal et économique. Si je hais l'usure, c'est parce que j'ai vu ma mère pleurer devant la crainte des huissiers. Si je conchie le libéralisme-libertaire, c'est en partie du au fait que l'argent a pour moi toujours été une plaie. Pas même un outil, non, littéralement une plaie.
Mes différentes copines n'ont jamais accepté non plus le fait que je refuse obstinément de participer à tout cela. "Tu ne taffes pas!" ... Combien de fois ai-je entendu cette phrase... Alors que je suis tout sauf un tire-au-flanc. J'aime travailler (passer des jours à labourer la terre que loue un pote pour faire un potager communautaire en ville, aider bopapa à effectuer ses travaux de rénovation, toussa toussa), mais je refuse de participer à la mascarade de l'emploi ... Je ne payerai pas d'impôts pour financer ce que je n'approuve pas.
Être jugé de manière négative par les gens que l'on aime le plus, alors qu'en définitive, on se bat pour eux, pour leurs droits en tant qu'êtres humains, en tant que citoyens; est réellement difficile à assumer.

Là réside une vraie prouesse du système : isoler les marginaux.
Alors que, constat amusant, jusqu'au milieu des années 70, il les utilisait pour parvenir à ses fins (utilisation du mouvement hippie pour favoriser l'hédonisme libertaire, par exemple).

Pour revenir à ma petite personne, j'ai tenté différentes voies qui, et c'est aussi dur de le reconnaitre que de l'écrire, se sont toutes révélées infructueuses.
L'errance totale en sac à dos n'est pas une solution : on ne plante ses racines nulle part, on se retrouvé englué dans un modèle de parasitisme au final peu différent de ce que l'on dénonce chez nos "élites" qui font de notre monde un hôtel, sans disparités nationales et en écrasant les cultures propres à chaque nation...
Le sabotage industriel, à l'échelle individuelle, ne conduit à rien...
Je cherche encore ! Je ne suis pas le seul. Nous sommes de plus en plus nombreux.

Il faut garder espoir.
S'acharner à construire un monde meilleur.
Redevenir humains.
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Bootnie
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MessageSujet: Re: [Article] Refuser de payer les dettes et désobéir à la finance Jeu 30 Jan 2014 - 18:57

"Tout est verrouillé"
"isoler les marginaux" ....oh que oui !!!!!!

Ne pas faire partie du système pour ma part ne signifie vouloir à tout prix créer à tout prix un autre modèle qui serait meilleure ...je n'ai pas la prétention de croire que le modèle que je souhaiterai serait idéal ...je n'ai pas la prétention de détenir la vérité ....à tout à chacun sa vérité ...

Mais rester humaine me tient à coeur et quand je suis littéralement bouffée par un système qui me prend toute mon énergie .....que me reste-t-il pour être sereine avec l'autre ....que me reste-t-il comme peps pour etre dans l'amour ...parce qu'en découle un épuisement !!!!!!! Et là , quand je dis "je" , je pense "nous" ...

Il est malgré tout important de s'indigner , par respect pour ses valeurs ...et peu importe le regard d'autrui , voire le jugement parce que de quel droit l'autre se permet si nous , nous nous ne nous permettons pas de juger son mode de fonctionnement ......

Je me rebelle contre des dysfonctionnements ...j'attaque ouvertement des institutions et non des personnes à moins d'avoir été attaquée en premier ...et là , soit je réponds , soit j'ignore ( j'ai encore du travail à faire   ) ...

Le sabotage ...pas pour moi ...pas capable ...parce que peut-etre un bien est un bien ( du moins à quelqu'un ) et je ne saurai pas détruire quelque chose qui nuirait à des personnes non concernées ...

L'errance totale à sac à dos , je l'ai fait un temps ...le parasitisme : je ne fais pas ce que je ne veux pas que l'on me fasse !!!!!!!!! et puis , à force de ne pas avoir de racine , tu es trop dans les hautes sphères et ton nombril devient ton compagnon   

DONC : je fais partie de ce système ...mariée , des enfants , un chien , une maison , une voiture .... waouh ...et je conteste les devoirs que m'impose les finances au détriment de mes droits ...mes droits à la parole contestataire avec des idées exposées , mes droits de garder un maximum de ce que j'ai gagné et non de distribuer plus de 50% pour soit disant donner à untel alors que ces sommes sont utilisées pour des frivolités ....bref , de dire STOP à toutes les taxes abusives , les questionnements administratifs , les papiers qui nous pistent ....de dire STOP aussi aux principes de précaution débiles qui infantilisent et servent à enrichir les plus riches ...de dire STOP à des lois inapplicables qui se contredisent les unes les autres ...

Je revendique le fait d’être un adulte responsable et en ai ras la casquette que l'on me parle comme à une demeurée quand je vais poser des questions ici ou là ...eh , oui ,je ne suis passée à l'ENA moi ..mais j'ai un cerveau qui fonctionne ...

BLA...BLA ....
_________________
"LA VIE EST UN MAGNIFIQUE CADEAU , RESPECTONS-LA EN COMMENÇANT PAR NOUS RESPECTER CORPS ET ÂME...ELLE NOUS LE REND AU CENTUPLE"
violette violette    


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